Fille, la langue de Camille Laurens

Fille Camille Laurens

Et si la conquête de toutes les identités ne passait que par la langue ? Non. Mais en partie. À travers Laurence Barraqué (un prénom issu d’un homme de la famille), Camille Laurence est là l’exploratrice des traditions familiales et des rites machistes. Des codes ancrés qui finissent par devenir ancrants pour quiconque les touche du doigt. Si c’est une fille, alors plus rien n’est bon, tout est mouvant et semble se substituer pour l’autre. Et cela mérite un livre. Ou une oeuvre. Au fond, Fille pose plus de réflexions qu’il ne répond à des questions, et inonde le livre d’une lente progression vers ce que la Fille a de plus puissant : se retirer pour mieux revenir, enfin. 

Camille Laurens, Fille, Gallimard, août 2020, 240 pages

Camille de Toledo, la violence de Thésée

Thesee Camille de Toledo

Laisser le texte s’effilocher, le rendre palpable, interdit, peut-être. Ici, Camille de Toledo a tout laissé de lui. La mémoire sonne comme une promenade, et si l’écrivain déploie la ponctuation comme un conteur, chacun est positionné de telle sorte qu’au fond, Thésée, sa vie nouvelle n’est ni un livre d’images, ni une « tentative » de littérature. Il est l’acmé d’un style et le résultat d’une ambition caressant l’intime : la mort, non, le suicide d’un frère, et d’un noyau familial. Un « livre des morts », dit son auteur, où la violence est partout. Car c’est bien de ça dont il est question : parcourir le monde à la recherche d’un temps perdu, d’un temps à retrouver. Et si le temps est le garant de l’identité, alors peut-être que Thésée, sa vie nouvelle, est le récit d’un fils restant, en quête de tout, et surtout de soi.  

Camille de Toledo, Thésée, sa vie nouvelle, Verdier, août 2020, 256 pages