On était des poissons, la valse de Kuperman

Nathalie Kuperman Poissons

Souvent, lorsqu’on les cherche, les beaux livres passent à côté de nous en nous regardant. Et quelquefois, ils foncent droit devant, et nous atteignent sans plus rien autour. Un quoi, onzième, douzième roman, mais qu’est-ce que c’est ? Une valse lente ? Une promesse en arrière ? On était des poissons est un bond de géant dans un huis clos qu’on aimerait infini. Un huis clos extérieur, qui place l’action dans une relation, avant même de l’imprégner d’un lieu. Et pourtant, la mer est omniprésente, elle glisse dans cette relation mère/fille, à la fois cruelle et splendidement folle. L’histoire d’un enlèvement à demi-mot ; le parcours d’une mère qui se réfugie dans tout, sauf dans ce qui lui convient. Fantasque, insultante, tendre, elle regroupe, tout, tout ce qu’il faut pour brouiller les pistes sentimentales. Au milieu de ce magma azuréen, la petite Agathe, plus adulte qu’une adulte, prenant chaque coup pour les rendre au centuple à un(e) lecteur/ice jamais averti(e). Et si le bruit des vagues les appellent, ces deux femmes aux écailles dorées n’auront eu de cesse de nager à contre-courant, jusqu’à la fin du livre.

On était des poissons, Nathalie Kuperman, Flammarion, janvier 2021, 272 pages

Se souvenir de Frédéric Perrot

L’amour, le secret et le suspense, un trio dont la grandeur ne semble pas ébranler un primo-romancier comme Fréderic Perrot. À la fois écrivain et scénariste, c’est dans Pour une heure oubliée qu’il déploie ces attributs narratifs, sans dévier de sa trajectoire. Déployant le récit entre passé, présent et futur, il écrit comme on construit une chaumière. On agrandit le mur, on revient sur les finitions, on reprend de plus belle, jusqu’à construire une maison qui tienne. Jusqu’à l’habiter, vraiment.

Tout part d’une rencontre de soirée, d’une heure de sommeil, et d’une femme aux pieds d’Émile. D’un drame. Aucun souvenir, mais tout concorde. Le procès, la prison, la responsabilité, et puis la reconstruction, des années après. Le héros (en est-il seulement un), « refait sa vie », cache les choses à sa nouvelle femme, masque vingt ans. Jusqu’à Sandra, celle qui fera tout basculer. Sandra, la journaliste, Sandra, qui raconte le monde, Sandra, dont le métier n’est autre que d’être factuelle dans ce qu’elle dit. Pas toujours dans ce qu’elle pense. Pour une heure oubliée, et pourtant, un panorama d’une vie sur vingt ans, qui met en scène un personnage complexe, oui, mais aussi très simple. Car être au mauvais endroit au mauvais moment est d’une banalité rare. Ce qui suit, un peu moins.

Pour une heure oubliée, Frédéric Perrot, Mialet-Barrault Éditeurs, janvier 2021, 304 pages