La foudre de Jérémy Bracone

Danse Avec Foudre Jeremy Bracone

Une Lorraine en faillite industrielle. Un surnom, « La petite Italie », qui se lie à la grande vague d’immigration du début du siècle. Le décor est planté. Au milieu de tout ça, une bande de copains d’enfance. Des ouvriers, pour la plupart. Et, si l’on s’approche encore un peu : Figuette. Comme ses camarades, il voit l’usine dans laquelle il travaille menacer de fermer ses portes. La crainte, de la délocalisation. Alors lui, lui et sa bande, vont élaborer un plan pour s’en sortir. Mais lorsqu’on zoome encore un peu, Figuette n’est pas tenu pas la simple solidarité ouvrière. Sa femme est partie, et l’absence rallongée construit cette lourdeur qui pèse sur lui et sa fille, Zoé. Danse avec la foudre, c’est aussi des vacances à construire entre un père et sa fille, une fierté paternelle à conquérir sans cesse, en plus d’un monde où le groupe se savoure au fil des instants de vie. Un premier roman orageux sous les éclairs.

Danse avec la foudre, Jérémy Bracone, L’Iconoclaste, janvier 2021, 288 pages

La belle occasion d’Alexandra Matine

Les liens familiaux ne seraient-ils pas plus fragiles qu’on pourrait le penser ? Si, pour certains, ils le sont, pour d’autres, ce sont avant tout l’image qu’on en a qui les rendent si friables. Pour un premier roman, Alexandra Matine brosse le portrait d’un clan réuni autour d’Esther, dont les jours semblent comptés. Se réunir, oui, mais pour quoi ? Autour de la table, le repas prend des airs de travelling latéral, où chaque personnage a quelque chose à développer, à dire de soi. Le tout s’enveloppe de bisbilles et de malentendus universels, mais fondamentalement intimes. Il s’agit moins de contempler l’état du groupe que de resserrer les liens – même fictifs – de cette famille à mi-chemin entre la sensibilité, les obsessions personnelles et l’incompréhension cachée d’un noyau. Noyau en perpétuelle transformation. Et si au fond, manger ensemble était une belle occasion de dire plus qu’il n’y paraît ?

Les grandes occasions, Alexandra Matine, Les Avrils, janvier 2021, 256 pages