La fièvre hors les murs de Sébastien Spitzer

Rien de mieux que la fiction pour nous rappeler une réalité; mieux, l’actualité. La fièvre se base sur une histoire vraie, mais est le schéma fondamental sur lequel la crise actuelle pourrait se baser pour exister. 1878, Memphis, une épidémie de fièvre jaune. Il n’en fallait pas plus à Sébastien Spitzer pour raconter les autres, grâce à son oeil de journaliste, aussi. Car entre l’inhumanité et les basculements intimes, ses personnages, il les sonde, il les scrute, il les étudie, au même titre que l’ambiance qu’il installe. À l’instar d’un document, ce roman est ce que l’on a coutume d’appeler une « plongée », profonde et implacable. Des sentiers personnels sur fond de torpillements internes, les personnages sont ce que l’être humain a de plus excessif dans les cas de crise, sur le bon comme sur le mal. Et le lecteur(ice) s’installe tranquillement dans cette atmosphère pleine de moiteur, pour tirer profit des cendres littéraires qui nous reste ici. 

Sébastien Spitzer, La fièvre, Albin Michel, août 2020, 320 pages

Calamity Gwenn, héroïne sans calamités

Calamity Gwenn Francois Beaune

François Beaune a l’art de manier le portrait. Calamity Gwenn est peut-être encore plus que ça. Pour la première fois, l’écrivain s’attaque à une héroïne ; et il semble évident que celle-ci en possède tous les atouts. Inspirée par une véritable fille de Marseille, Calamity Gwenn est en fiction une fille de Pigalle. Pigalle passion, Pigalle désir, Pigalle dans tout ce qu’il a de plus sensationnel. L’héroïne – répétons-le – jongle avec le désir des hommes, avec sa place dans le monde, mais peut-être surtout avec ce qu’elle incarne dans la société, bien au-delà du sex-shop où elle travaille. Si Isabelle Huppert parsème le récit de sa présence, la féministe Calamity Gwenn rend le lecteur figurant d’une intimité, d’un intérieur qui se raconte moins qu’il ne raconte ce qui l’entoure.

Ce livre se forme comme un journal, et s’intègre à merveille dans l’Entresort. Projet littéraire de l’auteur, l’Entresort se veut rendre compte du monde tel qu’il est, comme le livre parfait, et effectivement, il faut peut-être bien une oeuvre entière pour le faire. Avec la pointe d’empathie que possèdent les écrivains, Calamity Gwenn est le donc portrait d’une femme, d’un quartier, d’une société, d’un état d’esprit, de valeurs particulières et pourtant si partagées. On aurait presque envie d’appeler ça un documentaire, mais appelons ça plutôt une fiction, et au fond, c’est peut-être aussi bien. 

Calamity Gwenn, François Beaune, Albin Michel, août 2020, 352 pages