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Emilie Tuckheim Lunch Box

Il y a des boutiques que l’on croise toute une vie et qui, un beau jour, changent d’enseigne. Des boutique dont on oublie instantanément l’ancienne, pour se plonger, à corps perdu, dans la nouvelle. Lunch-Box fait partie de ces titres qui protègent la lecture de tout le reste. En s’inspirant du réel, Émilie de Turckheim nous plonge dans la ville de Zion Heights, Connecticut, et part d’un événement littérairement simple mais prometteur. Un accident. Un malheureux accident, articulé autour de Sarah. Loin de l’ambiance bourgeoise et de ses garden parties, Sarah pense comédie musicale, et révèlera tout ce qu’une lunch-box sous un van a de plus chansonnant. Ici, l’omniprésence de l’objet d’appétit ajoute du commun au tragique, et où le style a tout du vertige. Une sorte d’enchaînements de phrases, bien enrobées dans le marbre : c’est beau, c’est parfois dur, mais il y a la rondeur ; sublime rondeur qui s’imbrique avec le grinçant. Bien sûr le deuil, bien sûr la culpabilité, mais en creux : si nos vies étaient aussi changeante que le contenu de cette lunch-box ?

Lunch-Box, Émilie de Turckheim, Gallimard, janvier 2021, 256 pages