Gilles Leroy en requiem

Été 1984. Le narrateur et sa jeune amie entretiennent une amitié sans brisures, à vingt ans. Été 1984. Ce dernier apprend la mort de son indéfectible alliée, violée, assassinée. Été 1984. Il convoque sa mémoire devant le miroir. Les souvenirs lui font cortège, alors qu’il s’avance dans la vie. Gilles Leory dévoile le portrait de sa jeune amie, en même que celui d’une génération, où le réconfort se trouve dans le vertige et dans l’instabilité des absences. Les absence, c’est bien de ça dont il s’agit ici, puisqu’il s’agit moins de la pointer que de lui faire honneur. De nous montrer que l’écriture peut être douloureuse, et que retaper les souvenirs n’est pas chose aisée lorsqu’on en maîtrise les contours. Mais peut-être, oui peut-être, peut-on réussir à sauver une mémoire.

Requiem pour la jeune amie, Gilles Leroy, Mercure de France, février 2021, 224 pages

Le récit de soi : Chantal Thomas

L’analyse de ses souvenirs ne permet peut-être pas d’être plus complice avec soi, mais dans une forme d’autobiographie, Chantal Thomas apprivoise sa mémoire comme un apprentissage. Placé sous le signe de la légèreté, De sable et de neige est, en réalité, un livre dont la profondeur semble lier l’intériorité au monde, le sens comme à la profondeur de soi. Comme le veut la tradition de la collection « Traits et portraits », les illustrations sont le sel de cet autoportrait en bord de mer. Un autoportrait entouré de silence. Mais Chantal Thomas est aussi une voyageuse sans filet, qui donne à ce plaisir simple de lecture des airs de récits plein d’ambition. Les pages qui glissent, lisses sous les doigts, ne montrent rien d’autre que les temps et les lieux, les livres et les souvenirs, la jeunesse et le père, la folle envie de voir le monde comme il vient.

De sable et de neige, Chantal Thomas, Mercure de France, janvier 2021, 208 pages