Les 961 heures voraces de Ryoko Sekiguchi

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Dans un monde où la nourriture se met en scène à chaque heure, en 2018, Ryoko Sekiguchi se rend à Beyrouth, capitale des capitales, au sein de laquelle les habitants ne savent même pas que leur cuisine fait fureur ailleurs. Elle s’y rend, et dans ses 321 fragments, nous décrit la manière dont une ville peut être appréhendée, à travers autre chose que le contexte, l’architecture, les conditions, la guerre. Elle traque chaque geste, chaque plat, chaque voix culinaire nouvelle, et tisse une forme de carte, où les lassos du souvenir serrent des faits concrets. Une rencontre, et voici un plat inconnu devenu connu. Une curiosité, et voici de quoi se plonger dans une histoire. Une sensation, et voici un portrait de Beyrouth. Si ce livre est une commande, Ryoko Sekiguchi l’a transformée en quelque chose d’infiniment intime, comme un pas en avant vers ce qu’on pourrait tous un jour vouloir figer : le portrait d’un lieu à un temps donné. Dans 961 heures à Beyrouth (sous titré « et 321 plats qui l’accompagnent », décidément, Ryoko Sekiguchi a l’art de faire titre), rien n’est superfétatoire, tout est une roue de style. Et si on peut picorer ce livre comme on picore des mezzé, on peut aussi se laisser bercer par le fil narratif que développe l’autrice, qui, disons-le, est également traductrice. Et au fond, il n’en fallait pas moins pour faire passer Beyrouth vers des ailleurs moins guerriers.

961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui l’accompagnent), Ryoko Sekiguchi, P.O.L., avril 2021, 256 pages