Autoportrait en chevreuil, le totem de Victor Pouchet

On a coutume d’affirmer que le deuxième roman est, pour un(e) auteur(e), un cap, pour ne pas dire un risque. Il faut bien dire que le risque, Victor Pouchet l’avait pris dès le premier roman, en se demandant sans ponctuation Pourquoi les oiseaux meurent. Alors pensez-vous, en dressant un Autoportrait en chevreuil, le « cap » ne peut être que plus hospitalier. Animal totémique du livre, ce cervidé est en réalité moins un symbole qu’une manière d’approcher l’histoire – celle du poids de l’enfance, de l’amour malgré les tourments.

Avril est amoureuse d’Élias, mais ne le comprend pas toujours, et, disons-le tout net, le père a quelque chose à voir là-dedans. Autoportrait en chevreuil est une belle manière de nous montrer qu’on se prépare toute sa vie à être adulte dans le monde que l’on a connu enfant, sans savoir que le monde change, lui aussi. Élias va ainsi retourner en enfance, pas seulement en qualité de fils, mais en qualité de personnage romanesque, et sa délicatesse de l’entre-deux. De l’humour et la mélancolie, il n’en fallait pas plus pour faire de ce petit conte familial une histoire consistante et parfois acide, comme après un bon repas avec l’être aimé(e), qu’on aurait aimé voir durer. 

Autoportrait en chevreuil, Victor Pouchet, Finitude, août 2020, 176 pages