Les Chiens de faïence, mon premier roman !

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Un billet un peu particulier mais très bref, pour vous annoncer qu’aujourd’hui, mon premier roman, Les Chiens de faïence, sort en librairie ! Dans ce genre de moment, on aimerait trouver des mots simples et pertinents pour en parler, mais allons droit au but : en voici le résumé officiel, parrainé par un certain prix Goncourt 2019… (et la sensation que ce que je viens d’écrire est irréel) :

« Chez les Dugast, mourir en famille est un vrai sport d’équipe.  » Jean-Paul Dubois

« Au sein de la famille Dugast, la vie est régie par les habitudes et… les suicides. Depuis plusieurs années les Dugast se donnent la mort les uns après les autres. Coïncidence ? Peu probable. Tradition farfelue ? Peut-être. Art de mourir ? Certainement.
Il y a d’abord le grand-père retrouvé pendu dans la grange, puis la grand-mère qui a foncé dans un arbre en voiture, et ainsi de suite. Tous passent à l’acte, du plus vieux au plus jeune, avec en bout de file : Christophe, le fils de dix-huit ans. Contrairement à sa famille, lui a choisi de vivre. Il rêve d’échapper à ce déterminisme. Mais où aller lorsque l’on ne connaît que le giron familial ? Faut-il vraiment fuir son milieu pour réussir à exister ? »

Pour ceux et celles qui souhaitent en savoir plus, je reviens un peu plus en détails sur ce livre dans un épisode spécial de mon podcast La Quille, disponible juste ici : https://soundcloud.com/la-quille/mon-premier-roman-les-chiens-de-faience-est-sorti-autopromo

Il y a un certain vertige à le dire mais : j’espère qu’il vous plaira !

Pour le trouver :

La Quille, mon podcast culture hebdomadaire !

Vous me suivez sur les réseaux sociaux ? Comment ça non ? (Mon compte Instagram : @th.louis). Si vous me suivez, vous avez peut-être vu qu’il y quelques mois déjà, je suis revenu à mes premières amours, et j’ai lancé un podcast culturel hebdomadaire : La Quille.

La Quille Podcast Culture

Disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcast (Apple Podcast/Itunes, Spotify, Deezer, Soundcloud, etc.), il s’agit très simplement de parler de… culture, avec ceux et celles qui la font !

Écrivain.e.s, comédienn.e.s, philosophes, chanteu.se.s, réalisat.rice.urs, etc, chaque semaine, je reçois derrière mon micro une personnalité du monde culturel, en lien – ou non – avec son actualité. L’idée est de parler ensemble de sa dernière oeuvre, mais aussi de son parcours, de sa carrière, ou encore de la vision qu’il/elle a de son métier, toujours en lien avec le monde qui nous entoure.

Il me semble que le dire ici était relativement important pour moi, puisqu’il s’agit d’un vrai projet, qui prend de plus en plus de place dans ma vie « professionnelle ».

Je vous invite donc à vous rendre sur votre plateforme d’écoute favorite, et à venir m’écouter chaque semaine m’entretenir avec ces gens parfois surprenants, souvent inspirants !

N’hésitez évidemment pas à vous abonner au podcast sur la plateforme de votre choix (ça fait toujours plaisir), mais aussi à suivre La Quille sur Instagram (@la.quille), et à mettre cinq étoiles si vous écoutez sur Apple Podcast. Cela permet tout simplement un meilleur référencement du podcast, et lorsqu’on débute, il va sans dire que c’est capital !

(Lien Apple Podcast : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/la-quille/id1452279683)

À vite !

Les 961 heures voraces de Ryoko Sekiguchi

heures beyrouth ryoko sekiguchi

Dans un monde où la nourriture se met en scène à chaque heure, en 2018, Ryoko Sekiguchi se rend à Beyrouth, capitale des capitales, au sein de laquelle les habitants ne savent même pas que leur cuisine fait fureur ailleurs. Elle s’y rend, et dans ses 321 fragments, nous décrit la manière dont une ville peut être appréhendée, à travers autre chose que le contexte, l’architecture, les conditions, la guerre. Elle traque chaque geste, chaque plat, chaque voix culinaire nouvelle, et tisse une forme de carte, où les lassos du souvenir serrent des faits concrets. Une rencontre, et voici un plat inconnu devenu connu. Une curiosité, et voici de quoi se plonger dans une histoire. Une sensation, et voici un portrait de Beyrouth. Si ce livre est une commande, Ryoko Sekiguchi l’a transformée en quelque chose d’infiniment intime, comme un pas en avant vers ce qu’on pourrait tous un jour vouloir figer : le portrait d’un lieu à un temps donné. Dans 961 heures à Beyrouth (sous titré « et 321 plats qui l’accompagnent », décidément, Ryoko Sekiguchi a l’art de faire titre), rien n’est superfétatoire, tout est une roue de style. Et si on peut picorer ce livre comme on picore des mezzé, on peut aussi se laisser bercer par le fil narratif que développe l’autrice, qui, disons-le, est également traductrice. Et au fond, il n’en fallait pas moins pour faire passer Beyrouth vers des ailleurs moins guerriers.

961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui l’accompagnent), Ryoko Sekiguchi, P.O.L., avril 2021, 256 pages

Thierry Dancourt, Silence Radio

Ce qui constitue peut-être la plus grande force de Thierry Dancourt, ce sont les noeuds qu’il tisse avec le temps, et avec celui ou celle qui le lit. Ce temps qui permet, en jouant sur les registres, de remonter depuis les années 1960, jusqu’à atteindre un présent tout aussi nébuleux. Oui, Silence Radio met en relief le lien entre une époque et un moment, entre les lieux et les personnages, dont cette femme, en attente d’un amant dans une station thermale. Aussi, Thierry Dancourt maîtrise l’art du portrait, de la déambulation bienheureuse, et de l’âme de chaque province qu’il décrit. Une ambiance diffuse est construite au fil des pages : la sensation d’une angoisse suintante qui nous prend par le bras pour nous emmener quelque part. Mais continuons les énumérations. Silence Radio, c’est un Paris occupé, des montagnes suisses, des chambres d’hôtels et de l’Alka-Seltzer à revendre. Pourtant, le moins que l’on puisse dire, c’est que Dancourt ne fait aucune fausse piste, et que l’on ne ressort certainement pas d’ici avec la gueule de bois.

Silence Radio, Thierry Dancourt, Table Ronde, avril 2021, 240 pages

Gilles Leroy en requiem

Été 1984. Le narrateur et sa jeune amie entretiennent une amitié sans brisures, à vingt ans. Été 1984. Ce dernier apprend la mort de son indéfectible alliée, violée, assassinée. Été 1984. Il convoque sa mémoire devant le miroir. Les souvenirs lui font cortège, alors qu’il s’avance dans la vie. Gilles Leory dévoile le portrait de sa jeune amie, en même que celui d’une génération, où le réconfort se trouve dans le vertige et dans l’instabilité des absences. Les absence, c’est bien de ça dont il s’agit ici, puisqu’il s’agit moins de la pointer que de lui faire honneur. De nous montrer que l’écriture peut être douloureuse, et que retaper les souvenirs n’est pas chose aisée lorsqu’on en maîtrise les contours. Mais peut-être, oui peut-être, peut-on réussir à sauver une mémoire.

Requiem pour la jeune amie, Gilles Leroy, Mercure de France, février 2021, 224 pages

Au menu d’Émilie de Turckheim

Emilie Tuckheim Lunch Box

Il y a des boutiques que l’on croise toute une vie et qui, un beau jour, changent d’enseigne. Des boutique dont on oublie instantanément l’ancienne, pour se plonger, à corps perdu, dans la nouvelle. Lunch-Box fait partie de ces titres qui protègent la lecture de tout le reste. En s’inspirant du réel, Émilie de Turckheim nous plonge dans la ville de Zion Heights, Connecticut, et part d’un événement littérairement simple mais prometteur. Un accident. Un malheureux accident, articulé autour de Sarah. Loin de l’ambiance bourgeoise et de ses garden parties, Sarah pense comédie musicale, et révèlera tout ce qu’une lunch-box sous un van a de plus chansonnant. Ici, l’omniprésence de l’objet d’appétit ajoute du commun au tragique, et où le style a tout du vertige. Une sorte d’enchaînements de phrases, bien enrobées dans le marbre : c’est beau, c’est parfois dur, mais il y a la rondeur ; sublime rondeur qui s’imbrique avec le grinçant. Bien sûr le deuil, bien sûr la culpabilité, mais en creux : si nos vies étaient aussi changeante que le contenu de cette lunch-box ?

Lunch-Box, Émilie de Turckheim, Gallimard, janvier 2021, 256 pages

La foudre de Jérémy Bracone

Danse Avec Foudre Jeremy Bracone

Une Lorraine en faillite industrielle. Un surnom, « La petite Italie », qui se lie à la grande vague d’immigration du début du siècle. Le décor est planté. Au milieu de tout ça, une bande de copains d’enfance. Des ouvriers, pour la plupart. Et, si l’on s’approche encore un peu : Figuette. Comme ses camarades, il voit l’usine dans laquelle il travaille menacer de fermer ses portes. La crainte, de la délocalisation. Alors lui, lui et sa bande, vont élaborer un plan pour s’en sortir. Mais lorsqu’on zoome encore un peu, Figuette n’est pas tenu pas la simple solidarité ouvrière. Sa femme est partie, et l’absence rallongée construit cette lourdeur qui pèse sur lui et sa fille, Zoé. Danse avec la foudre, c’est aussi des vacances à construire entre un père et sa fille, une fierté paternelle à conquérir sans cesse, en plus d’un monde où le groupe se savoure au fil des instants de vie. Un premier roman orageux sous les éclairs.

Danse avec la foudre, Jérémy Bracone, L’Iconoclaste, janvier 2021, 288 pages

La belle occasion d’Alexandra Matine

Les liens familiaux ne seraient-ils pas plus fragiles qu’on pourrait le penser ? Si, pour certains, ils le sont, pour d’autres, ce sont avant tout l’image qu’on en a qui les rendent si friables. Pour un premier roman, Alexandra Matine brosse le portrait d’un clan réuni autour d’Esther, dont les jours semblent comptés. Se réunir, oui, mais pour quoi ? Autour de la table, le repas prend des airs de travelling latéral, où chaque personnage a quelque chose à développer, à dire de soi. Le tout s’enveloppe de bisbilles et de malentendus universels, mais fondamentalement intimes. Il s’agit moins de contempler l’état du groupe que de resserrer les liens – même fictifs – de cette famille à mi-chemin entre la sensibilité, les obsessions personnelles et l’incompréhension cachée d’un noyau. Noyau en perpétuelle transformation. Et si au fond, manger ensemble était une belle occasion de dire plus qu’il n’y paraît ?

Les grandes occasions, Alexandra Matine, Les Avrils, janvier 2021, 256 pages

Le récit de soi : Chantal Thomas

L’analyse de ses souvenirs ne permet peut-être pas d’être plus complice avec soi, mais dans une forme d’autobiographie, Chantal Thomas apprivoise sa mémoire comme un apprentissage. Placé sous le signe de la légèreté, De sable et de neige est, en réalité, un livre dont la profondeur semble lier l’intériorité au monde, le sens comme à la profondeur de soi. Comme le veut la tradition de la collection « Traits et portraits », les illustrations sont le sel de cet autoportrait en bord de mer. Un autoportrait entouré de silence. Mais Chantal Thomas est aussi une voyageuse sans filet, qui donne à ce plaisir simple de lecture des airs de récits plein d’ambition. Les pages qui glissent, lisses sous les doigts, ne montrent rien d’autre que les temps et les lieux, les livres et les souvenirs, la jeunesse et le père, la folle envie de voir le monde comme il vient.

De sable et de neige, Chantal Thomas, Mercure de France, janvier 2021, 208 pages

Andreï Makine, une histoire d’amitié

L’éblouissement, ou peut-être le charme fou. C’est ce que l’on peut penser de ce livre en le refermant. À la manière d’un poème, l’académicien Makine signe ici moins un roman sur la Sibérie des années 1960/70, qu’un traité d’amitié entre deux adolescents. Il faut planter le décor : Vardan, 13 ans, un orphelinat, le déclin de l’Empire soviétique, une bande de petites brutes, une maladie pulmonaire, le tout enrobé d’une parole sucrée et neutre à la fois – celle du narrateur. Entre l’honneur, le sens de la dignité, et les récits d’Histoire, L’ami arménien est avant tout l’ode de deux fortifications adolescentes, dont les liens permettent de déplacer des montagnes sacrées. Jamais sans nostalgie, Andreï Makine regarde en arrière et en avant, sans jamais faire un mauvais pas de côté. Pas de doute, on est heureux(ses) de le retrouver, notre ami écrivain.

L’ami arménien, Andreï Makine, Grasset, janvier 2021, 216 pages

On était des poissons, la valse de Kuperman

Nathalie Kuperman Poissons

Souvent, lorsqu’on les cherche, les beaux livres passent à côté de nous en nous regardant. Et quelquefois, ils foncent droit devant, et nous atteignent sans plus rien autour. Un quoi, onzième, douzième roman, mais qu’est-ce que c’est ? Une valse lente ? Une promesse en arrière ? On était des poissons est un bond de géant dans un huis clos qu’on aimerait infini. Un huis clos extérieur, qui place l’action dans une relation, avant même de l’imprégner d’un lieu. Et pourtant, la mer est omniprésente, elle glisse dans cette relation mère/fille, à la fois cruelle et splendidement folle. L’histoire d’un enlèvement à demi-mot ; le parcours d’une mère qui se réfugie dans tout, sauf dans ce qui lui convient. Fantasque, insultante, tendre, elle regroupe, tout, tout ce qu’il faut pour brouiller les pistes sentimentales. Au milieu de ce magma azuréen, la petite Agathe, plus adulte qu’une adulte, prenant chaque coup pour les rendre au centuple à un(e) lecteur/ice jamais averti(e). Et si le bruit des vagues les appellent, ces deux femmes aux écailles dorées n’auront eu de cesse de nager à contre-courant, jusqu’à la fin du livre.

On était des poissons, Nathalie Kuperman, Flammarion, janvier 2021, 272 pages