La Quille, mon podcast culture hebdomadaire !

Vous me suivez sur les réseaux sociaux ? Comment ça non ? (Mon compte Instagram : @th.louis). Si vous me suivez, vous avez peut-être vu qu’il y quelques mois déjà, je suis revenu à mes premières amours, et j’ai lancé un podcast culturel hebdomadaire : La Quille.

La Quille Podcast Culture

Disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcast (Apple Podcast/Itunes, Spotify, Deezer, Soundcloud, etc.), il s’agit très simplement de parler de… culture, avec ceux et celles qui la font !

Écrivain.e.s, comédienn.e.s, philosophes, chanteu.se.s, réalisat.rice.urs, etc, chaque semaine, je reçois derrière mon micro une personnalité du monde culturel, en lien – ou non – avec son actualité. L’idée est de parler ensemble de sa dernière oeuvre, mais aussi de son parcours, de sa carrière, ou encore de la vision qu’il/elle a de son métier, toujours en lien avec le monde qui nous entoure.

Il me semble que le dire ici était relativement important pour moi, puisqu’il s’agit d’un vrai projet, qui prend de plus en plus de place dans ma vie « professionnelle ».

Je vous invite donc à vous rendre sur votre plateforme d’écoute favorite, et à venir m’écouter chaque semaine m’entretenir avec ces gens parfois surprenants, souvent inspirants !

N’hésitez évidemment pas à vous abonner au podcast sur la plateforme de votre choix (ça fait toujours plaisir), mais aussi à suivre La Quille sur Instagram (@la.quille), et à mettre cinq étoiles si vous écoutez sur Apple Podcast. Cela permet tout simplement un meilleur référencement du podcast, et lorsqu’on débute, il va sans dire que c’est capital !

(Lien Apple Podcast : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/la-quille/id1452279683)

À vite !

Gilles Leroy en requiem

Été 1984. Le narrateur et sa jeune amie entretiennent une amitié sans brisures, à vingt ans. Été 1984. Ce dernier apprend la mort de son indéfectible alliée, violée, assassinée. Été 1984. Il convoque sa mémoire devant le miroir. Les souvenirs lui font cortège, alors qu’il s’avance dans la vie. Gilles Leory dévoile le portrait de sa jeune amie, en même que celui d’une génération, où le réconfort se trouve dans le vertige et dans l’instabilité des absences. Les absence, c’est bien de ça dont il s’agit ici, puisqu’il s’agit moins de la pointer que de lui faire honneur. De nous montrer que l’écriture peut être douloureuse, et que retaper les souvenirs n’est pas chose aisée lorsqu’on en maîtrise les contours. Mais peut-être, oui peut-être, peut-on réussir à sauver une mémoire.

Requiem pour la jeune amie, Gilles Leroy, Mercure de France, février 2021, 224 pages

Au menu d’Émilie de Turckheim

Emilie Tuckheim Lunch Box

Il y a des boutiques que l’on croise toute une vie et qui, un beau jour, changent d’enseigne. Des boutique dont on oublie instantanément l’ancienne, pour se plonger, à corps perdu, dans la nouvelle. Lunch-Box fait partie de ces titres qui protègent la lecture de tout le reste. En s’inspirant du réel, Émilie de Turckheim nous plonge dans la ville de Zion Heights, Connecticut, et part d’un événement littérairement simple mais prometteur. Un accident. Un malheureux accident, articulé autour de Sarah. Loin de l’ambiance bourgeoise et de ses garden parties, Sarah pense comédie musicale, et révèlera tout ce qu’une lunch-box sous un van a de plus chansonnant. Ici, l’omniprésence de l’objet d’appétit ajoute du commun au tragique, et où le style a tout du vertige. Une sorte d’enchaînements de phrases, bien enrobées dans le marbre : c’est beau, c’est parfois dur, mais il y a la rondeur ; sublime rondeur qui s’imbrique avec le grinçant. Bien sûr le deuil, bien sûr la culpabilité, mais en creux : si nos vies étaient aussi changeante que le contenu de cette lunch-box ?

Lunch-Box, Émilie de Turckheim, Gallimard, janvier 2021, 256 pages

La foudre de Jérémy Bracone

Danse Avec Foudre Jeremy Bracone

Une Lorraine en faillite industrielle. Un surnom, « La petite Italie », qui se lie à la grande vague d’immigration du début du siècle. Le décor est planté. Au milieu de tout ça, une bande de copains d’enfance. Des ouvriers, pour la plupart. Et, si l’on s’approche encore un peu : Figuette. Comme ses camarades, il voit l’usine dans laquelle il travaille menacer de fermer ses portes. La crainte, de la délocalisation. Alors lui, lui et sa bande, vont élaborer un plan pour s’en sortir. Mais lorsqu’on zoome encore un peu, Figuette n’est pas tenu pas la simple solidarité ouvrière. Sa femme est partie, et l’absence rallongée construit cette lourdeur qui pèse sur lui et sa fille, Zoé. Danse avec la foudre, c’est aussi des vacances à construire entre un père et sa fille, une fierté paternelle à conquérir sans cesse, en plus d’un monde où le groupe se savoure au fil des instants de vie. Un premier roman orageux sous les éclairs.

Danse avec la foudre, Jérémy Bracone, L’Iconoclaste, janvier 2021, 288 pages

La belle occasion d’Alexandra Matine

Les liens familiaux ne seraient-ils pas plus fragiles qu’on pourrait le penser ? Si, pour certains, ils le sont, pour d’autres, ce sont avant tout l’image qu’on en a qui les rendent si friables. Pour un premier roman, Alexandra Matine brosse le portrait d’un clan réuni autour d’Esther, dont les jours semblent comptés. Se réunir, oui, mais pour quoi ? Autour de la table, le repas prend des airs de travelling latéral, où chaque personnage a quelque chose à développer, à dire de soi. Le tout s’enveloppe de bisbilles et de malentendus universels, mais fondamentalement intimes. Il s’agit moins de contempler l’état du groupe que de resserrer les liens – même fictifs – de cette famille à mi-chemin entre la sensibilité, les obsessions personnelles et l’incompréhension cachée d’un noyau. Noyau en perpétuelle transformation. Et si au fond, manger ensemble était une belle occasion de dire plus qu’il n’y paraît ?

Les grandes occasions, Alexandra Matine, Les Avrils, janvier 2021, 256 pages

Le récit de soi : Chantal Thomas

L’analyse de ses souvenirs ne permet peut-être pas d’être plus complice avec soi, mais dans une forme d’autobiographie, Chantal Thomas apprivoise sa mémoire comme un apprentissage. Placé sous le signe de la légèreté, De sable et de neige est, en réalité, un livre dont la profondeur semble lier l’intériorité au monde, le sens comme à la profondeur de soi. Comme le veut la tradition de la collection « Traits et portraits », les illustrations sont le sel de cet autoportrait en bord de mer. Un autoportrait entouré de silence. Mais Chantal Thomas est aussi une voyageuse sans filet, qui donne à ce plaisir simple de lecture des airs de récits plein d’ambition. Les pages qui glissent, lisses sous les doigts, ne montrent rien d’autre que les temps et les lieux, les livres et les souvenirs, la jeunesse et le père, la folle envie de voir le monde comme il vient.

De sable et de neige, Chantal Thomas, Mercure de France, janvier 2021, 208 pages

Andreï Makine, une histoire d’amitié

L’éblouissement, ou peut-être le charme fou. C’est ce que l’on peut penser de ce livre en le refermant. À la manière d’un poème, l’académicien Makine signe ici moins un roman sur la Sibérie des années 1960/70, qu’un traité d’amitié entre deux adolescents. Il faut planter le décor : Vardan, 13 ans, un orphelinat, le déclin de l’Empire soviétique, une bande de petites brutes, une maladie pulmonaire, le tout enrobé d’une parole sucrée et neutre à la fois – celle du narrateur. Entre l’honneur, le sens de la dignité, et les récits d’Histoire, L’ami arménien est avant tout l’ode de deux fortifications adolescentes, dont les liens permettent de déplacer des montagnes sacrées. Jamais sans nostalgie, Andreï Makine regarde en arrière et en avant, sans jamais faire un mauvais pas de côté. Pas de doute, on est heureux(ses) de le retrouver, notre ami écrivain.

L’ami arménien, Andreï Makine, Grasset, janvier 2021, 216 pages

On était des poissons, la valse de Kuperman

Nathalie Kuperman Poissons

Souvent, lorsqu’on les cherche, les beaux livres passent à côté de nous en nous regardant. Et quelquefois, ils foncent droit devant, et nous atteignent sans plus rien autour. Un quoi, onzième, douzième roman, mais qu’est-ce que c’est ? Une valse lente ? Une promesse en arrière ? On était des poissons est un bond de géant dans un huis clos qu’on aimerait infini. Un huis clos extérieur, qui place l’action dans une relation, avant même de l’imprégner d’un lieu. Et pourtant, la mer est omniprésente, elle glisse dans cette relation mère/fille, à la fois cruelle et splendidement folle. L’histoire d’un enlèvement à demi-mot ; le parcours d’une mère qui se réfugie dans tout, sauf dans ce qui lui convient. Fantasque, insultante, tendre, elle regroupe, tout, tout ce qu’il faut pour brouiller les pistes sentimentales. Au milieu de ce magma azuréen, la petite Agathe, plus adulte qu’une adulte, prenant chaque coup pour les rendre au centuple à un(e) lecteur/ice jamais averti(e). Et si le bruit des vagues les appellent, ces deux femmes aux écailles dorées n’auront eu de cesse de nager à contre-courant, jusqu’à la fin du livre.

On était des poissons, Nathalie Kuperman, Flammarion, janvier 2021, 272 pages

Se souvenir de Frédéric Perrot

L’amour, le secret et le suspense, un trio dont la grandeur ne semble pas ébranler un primo-romancier comme Fréderic Perrot. À la fois écrivain et scénariste, c’est dans Pour une heure oubliée qu’il déploie ces attributs narratifs, sans dévier de sa trajectoire. Déployant le récit entre passé, présent et futur, il écrit comme on construit une chaumière. On agrandit le mur, on revient sur les finitions, on reprend de plus belle, jusqu’à construire une maison qui tienne. Jusqu’à l’habiter, vraiment.

Tout part d’une rencontre de soirée, d’une heure de sommeil, et d’une femme aux pieds d’Émile. D’un drame. Aucun souvenir, mais tout concorde. Le procès, la prison, la responsabilité, et puis la reconstruction, des années après. Le héros (en est-il seulement un), « refait sa vie », cache les choses à sa nouvelle femme, masque vingt ans. Jusqu’à Sandra, celle qui fera tout basculer. Sandra, la journaliste, Sandra, qui raconte le monde, Sandra, dont le métier n’est autre que d’être factuelle dans ce qu’elle dit. Pas toujours dans ce qu’elle pense. Pour une heure oubliée, et pourtant, un panorama d’une vie sur vingt ans, qui met en scène un personnage complexe, oui, mais aussi très simple. Car être au mauvais endroit au mauvais moment est d’une banalité rare. Ce qui suit, un peu moins.

Pour une heure oubliée, Frédéric Perrot, Mialet-Barrault Éditeurs, janvier 2021, 304 pages

Adrien Girault, territoire de lecture

Monde Ouvert Adrien Girault

Adhérer à une « cause » comme un dernier salut, garder un otage dans un entrepôt. Tel est le sort mené par Dale et Sven. Dale et Sven, eux, ne sont pas des simples Clov et Hamm beckettiens, encore moins des Pozzo et Lucky. Ils sont des personnages, transformés en marionnettes. Pour une « cause ».

La cause était là pour éclairer leur chemin. La cause était leur dernière certitude. Tout était trop fragile.

Et c’est bien l’enjeu de ce roman, où la fragilité côtoie une joyeuse inquiétude, et une certaine paranoïa. Il y a une perte de sens, un délire autour de ce qui décore les choses. Il s’agit moins de vivre que de comprendre. Et peu à peu, le récit passe du roman d’aventure à un thriller désossé ; l’engagement se consume, pour mieux mettre en lumière l’errance des jours plats. La perception est un thème philosophie capital, visiblement cher au coeur d’Adrien Girault, qui a choisi de l’épingler pour le détricoter. Car Monde ouvert, ça n’est pas qu’un entrepôt enneigé, que des cigarettes Stedge Bow, qu’une Xantia, qu’une ville ouvrière, qu’un chien. Non. C’est aussi une réflexion sur ce que veut dire être un lecteur, être une lectrice : se cloisonner ou faire ce que l’on veut ? Car ici, le monde est ouvert, mais il n’en reste que les contours.

Monde ouvert, Adrien Girault, Éditions de l’Ogre, septembre 2020, 160 pages

Le choeur amoureux de Chloé Delaume

Chloe Delaume Coeur Synthetique

Adélaïde est attachée à tout, sauf à ce qu’on en dit. Avec son chat Perdition, elle se retrouve lâchée dans un vide émotionnel rempli de bien d’autres choses. Sensation forte d’une découverte de nouveaux repères, où l’approche de la cinquantaine se lie à un certain humour désabusé, et à la plume d’une romancière que l’on aurait pu penser « expérimentale ». Le cœur synthétique est pourtant bien réel, foutraque et à la fois profond. Un métier d’attachée de presse contraint Adélaïde à toutes sortes de cabrioles, tandis que ses considérations sur l’amour au temps du commerce sentimental, mettent en relief certains privilèges. Les hommes. Ce sont eux qui ont la clé et le poison de cette petite comédie humaine, où le couple ne devrait être rien sauf une envie collective. Où le célibat s’apprivoise autant qu’il se courtise. À côté, le chœur amical d’Adélaïde soutient, tente, et rend compte de cette sororité musicale, qui a même donné lieu à un album, « Les Fabuleuses Mésaventures d’une héroïne contemporaine ». Et au fond, c’est peut-être ça, le cœur de cet ouvrage : livrer en pâture les diktats et les discours, pour pouvoir créer les siens, seule et ensemble. 

Le coeur synthétique (Prix Médicis), Chloé Delaume, Seuil, août 2020, 208 pages