La Quille, mon podcast culture hebdomadaire !

Vous me suivez sur les réseaux sociaux ? Comment ça non ? (Mon compte Instagram : @th.louis). Si vous me suivez, vous avez peut-être vu qu’il y quelques mois déjà, je suis revenu à mes premières amours, et j’ai lancé un podcast culturel hebdomadaire : La Quille.

La Quille Podcast Culture

Disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcast (Apple Podcast/Itunes, Spotify, Deezer, Soundcloud, etc.), il s’agit très simplement de parler de… culture, avec ceux et celles qui la font !

Écrivain.e.s, comédienn.e.s, philosophes, chanteu.se.s, réalisat.rice.urs, etc, chaque semaine, je reçois derrière mon micro une personnalité du monde culturel, en lien – ou non – avec son actualité. L’idée est de parler ensemble de sa dernière oeuvre, mais aussi de son parcours, de sa carrière, ou encore de la vision qu’il/elle a de son métier, toujours en lien avec le monde qui nous entoure.

Il me semble que le dire ici était relativement important pour moi, puisqu’il s’agit d’un vrai projet, qui prend de plus en plus de place dans ma vie « professionnelle ».

Je vous invite donc à vous rendre sur votre plateforme d’écoute favorite, et à venir m’écouter chaque semaine m’entretenir avec ces gens parfois surprenants, souvent inspirants !

N’hésitez évidemment pas à vous abonner au podcast sur la plateforme de votre choix (ça fait toujours plaisir), mais aussi à suivre La Quille sur Instagram (@la.quille), et à mettre cinq étoiles si vous écoutez sur Apple Podcast. Cela permet tout simplement un meilleur référencement du podcast, et lorsqu’on débute, il va sans dire que c’est capital !

(Lien Apple Podcast : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/la-quille/id1452279683)

À vite !

La fièvre hors les murs de Sébastien Spitzer

Rien de mieux que la fiction pour nous rappeler une réalité; mieux, l’actualité. La fièvre se base sur une histoire vraie, mais est le schéma fondamental sur lequel la crise actuelle pourrait se baser pour exister. 1878, Memphis, une épidémie de fièvre jaune. Il n’en fallait pas plus à Sébastien Spitzer pour raconter les autres, grâce à son oeil de journaliste, aussi. Car entre l’inhumanité et les basculements intimes, ses personnages, il les sonde, il les scrute, il les étudie, au même titre que l’ambiance qu’il installe. À l’instar d’un document, ce roman est ce que l’on a coutume d’appeler une « plongée », profonde et implacable. Des sentiers personnels sur fond de torpillements internes, les personnages sont ce que l’être humain a de plus excessif dans les cas de crise, sur le bon comme sur le mal. Et le lecteur(ice) s’installe tranquillement dans cette atmosphère pleine de moiteur, pour tirer profit des cendres littéraires qui nous reste ici. 

Sébastien Spitzer, La fièvre, Albin Michel, août 2020, 320 pages

Éric L’Helgoualc’h, se reconnecter à la fiction

La Deconnexion Eric Lhelgoualch Faubourg

Un premier roman, mais qu’est-ce que c’est ? Un premier jet ? Une porte ouverte ? Un exercice de style ? Peut-être un peu de tout ça, mais pas tout à fait, ici. Il faut d’abord s’imaginer un ami d’enfance, à qui l’on propose de dresser un portrait de votre disparition. L’idée est bonne, le roman l’est encore plus. Car raconter la recherche d’un homme d’affaire parti combattre Daech en Syrie aux côtés de volontaires chrétiens, c’est faire le pari de la construction littéraire. Savoir construire une enquête, oui, mais surtout, le roman de l’enquête. Éric L’Helgoualc’h nous y plonge grâce à la télévision, élément extérieur mais parfois central d’un troquet, quel qu’il soit. Un moteur de conversations, qui va donner au narrateur l’envie de sonder le passé. Les « pourquoi » vont se transformer en « comment », pour, nécessairement, finir en « qui ». Qui était-il, cet ami d’enfance que l’on a aujourd’hui fictionné. Qu’il y ait ou non une réponse, il y a toujours le roman pour y prendre part et se déconnecter. 

Éric L’Helgoualc’h, La déconnexion, Éditions du Faubourg, août 2020, 304 pages

Raphaël Nizan, le ciel plus sombre

Sous le ciel vide Raphael Nizan

On ne connaît quasiment rien de Raphaël Nizan. Rien, sinon son écriture : des phrases longues, qui enroulent chaque association de mots pour ne laisser voir que l’essentiel d’une vie. Après l’incendie de Notre-Dame, le souvenir s’installe dans le roman. Entre Ayla et le narrateur, tout n’est pas si simple. Cet amour, à la lisière de la mythologie, s’illustre moins par ses errances que par la passion d’adolescents qui la construit. Et on le sait, ces petites passions sont bien souvent les plus profondes dans une vie. Les plus blessantes, aussi. Une passion, oui, qui se consume et qui sue au rythme des déliés stylistiques de ce court roman. Et entre l’alcool, la dope, la prostitution, et la musique – omniprésente, deux époques entrent en résonance, et laissent une question en surbrillance : qu’est-ce que c’est, une bonne vie ? Une question que chaque génération laissera sur le carreau, mais que l’on n’aura de cesse de serrer contre soi, sous le ciel vide de la vie.

Raphaël Nizan, Sous le ciel vide, Maurice Nadeau, septembre 2020, 98 pages

Fille, la langue de Camille Laurens

Fille Camille Laurens

Et si la conquête de toutes les identités ne passait que par la langue ? Non. Mais en partie. À travers Laurence Barraqué (un prénom issu d’un homme de la famille), Camille Laurence est là l’exploratrice des traditions familiales et des rites machistes. Des codes ancrés qui finissent par devenir ancrants pour quiconque les touche du doigt. Si c’est une fille, alors plus rien n’est bon, tout est mouvant et semble se substituer pour l’autre. Et cela mérite un livre. Ou une oeuvre. Au fond, Fille pose plus de réflexions qu’il ne répond à des questions, et inonde le livre d’une lente progression vers ce que la Fille a de plus puissant : se retirer pour mieux revenir, enfin. 

Camille Laurens, Fille, Gallimard, août 2020, 240 pages

Camille de Toledo, la violence de Thésée

Thesee Camille de Toledo

Laisser le texte s’effilocher, le rendre palpable, interdit, peut-être. Ici, Camille de Toledo a tout laissé de lui. La mémoire sonne comme une promenade, et si l’écrivain déploie la ponctuation comme un conteur, chacun est positionné de telle sorte qu’au fond, Thésée, sa vie nouvelle n’est ni un livre d’images, ni une « tentative » de littérature. Il est l’acmé d’un style et le résultat d’une ambition caressant l’intime : la mort, non, le suicide d’un frère, et d’un noyau familial. Un « livre des morts », dit son auteur, où la violence est partout. Car c’est bien de ça dont il est question : parcourir le monde à la recherche d’un temps perdu, d’un temps à retrouver. Et si le temps est le garant de l’identité, alors peut-être que Thésée, sa vie nouvelle, est le récit d’un fils restant, en quête de tout, et surtout de soi.  

Camille de Toledo, Thésée, sa vie nouvelle, Verdier, août 2020, 256 pages

Autoportrait en chevreuil, le totem de Victor Pouchet

On a coutume d’affirmer que le deuxième roman est, pour un(e) auteur(e), un cap, pour ne pas dire un risque. Il faut bien dire que le risque, Victor Pouchet l’avait pris dès le premier roman, en se demandant sans ponctuation Pourquoi les oiseaux meurent. Alors pensez-vous, en dressant un Autoportrait en chevreuil, le « cap » ne peut être que plus hospitalier. Animal totémique du livre, ce cervidé est en réalité moins un symbole qu’une manière d’approcher l’histoire – celle du poids de l’enfance, de l’amour malgré les tourments.

Avril est amoureuse d’Élias, mais ne le comprend pas toujours, et, disons-le tout net, le père a quelque chose à voir là-dedans. Autoportrait en chevreuil est une belle manière de nous montrer qu’on se prépare toute sa vie à être adulte dans le monde que l’on a connu enfant, sans savoir que le monde change, lui aussi. Élias va ainsi retourner en enfance, pas seulement en qualité de fils, mais en qualité de personnage romanesque, et sa délicatesse de l’entre-deux. De l’humour et la mélancolie, il n’en fallait pas plus pour faire de ce petit conte familial une histoire consistante et parfois acide, comme après un bon repas avec l’être aimé(e), qu’on aurait aimé voir durer. 

Autoportrait en chevreuil, Victor Pouchet, Finitude, août 2020, 176 pages

Jean-Philippe Toussaint, l’émotionnel

Il est difficile de ne pas lire « du Toussaint » sans se sentir séduit(e). Séduit(e) par son audace, sa candeur et sa simplicité d’être brillant. Il est difficile, oui, d’expliquer pourquoi lire du Toussaint est important. Peut-être parce qu’il est de ceux dont l’oeuvre se construit sans tout renverser, dans un fracas discret qui ne se trouve qu’à l’intérieur de chacun d’entre nous. Peut-être, oui, que c’est parce qu’il est un grand auteur sans demander plus. Les Émotions contribue à rendre cette sensation palpable, et s’impose comme le deuxième livre de son nouveau cycle littéraire – le Cycle Detrez » (du nom de son personnage). Tout ceci après son fameux cycle de Marie, M.M.M.M., qui comprenait quatre livres, naturellement. Dans Les Émotions, donc, il est question d’un séminaire à la Commission européenne, de la mort du père – entamée dans La Clé USB – de sexe, d’amour, et de passages renversants de subtilité sur les brûlures de l’existence. On peut, on est tenté(e) d’avoir les larmes aux yeux en lisants certains passages. On peut, on est tenté(e), de rire à d’autres moments. Et on est bien souvent impressionné(e) par la qualité des scènes dont on se dit qu’elles ne dévissent rien, et qui, pourtant, restent en tête quelques jours, pourquoi pas plus. La scène de la baignoire en fait partie, et résumé à elle seule le livre entier : chaude et simple à la fois. 

Les Émotions, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, septembre 2020, 240 pages

Les roses fauves de Carole Martinez tricotent la fiction

Les Roses Fauves Carole Martinez

Le coeur de Carole Martinez se fermera-t-il un jour ? Non sans frisson, c’est la question que l’on se pose en fermant Les roses fauves, car la romancière n’est autre qu’une merveilleuse conteuse. Une conteuse dont chaque phrase appelle la lecture d’une autre, entre subtil et merveilleux. Et c’est peut-être là la force de ce livre : rendre la fiction palpable par l’esprit, reconnaissable par ses contours. Les roses fauves : un personnage de narratrice écrivaine, un personnage de factrice touchante et addictive. Carole Martinez est une conteuse, oui, doublée d’une portraitiste, comme une casquette totémique portée au fil de son oeuvre. Il n’en fallait pas plus pour donner du corps aux secrets de famille dont l’autrice est familière. Et pour cause, les secrets, elle les maîtrise à la perfection, à commencer par celui du récit. Mais ce qui nous retient en sortant d’ici, c’est l’héritage, la transmission, le pouvoir du souvenir inventé, et au fond, il n’en fallait pas plus pour retirer nos épines.

Les roses fauves, Carole Martinez, Gallimard, août 2020, 352 pages

L’ultime liberté de Gisèle Halimi

Gisele Halimi Annick Cojean Farouche Liberte

Une farouche liberté est un ouvrage ultime. Ultime, car Gisèle Halimi s’est éteinte il y a peu. Ultime, car c’est aussi le récit éclairant de soixante-dix ans d’engagements féministes. Ce mélange d’entretiens avec son amie spirituelle – la journaliste Annick Cojean – est un livre, mais il est aussi le portrait d’une avocate qui a contribué à faire changer les lois sur le viol et l’avortement. Ne citons que ça. Une génération où tout était à faire, dans un activisme que l’on reconnaît à des procès emblématiques tels que ceux d’Aix-en-Provence ou de Bobigny. Comme on se l’imagine pour la femme, on suit ce livre avec un regard assoiffé de tout ce qu’il a à nous apprendre. On comprend surtout que l’activisme n’est pas une guerre. C’est un combat contre tout, tout ce qui peut être retourné. Une farouche liberté est ce livre où il est question d’être un humain de seconde zone, de combat pour réorganiser le monde, d’incarner la mère, et où on repart avec la farouche envie d’être féministe, et de se mettre du côté de la cause des femmes. Simplement. Farouchement. La fin est une invitation aux jeunes générations à laisser allumée la bougie de la lutte, car qu’on se le dise, Gisèle Halimi n’a pas dit ses derniers mots.

Une farouche liberté, Annick Cojean & Gisèle Halimi, Grasset, août 2020, 160 pages

Lise Charles, le coeur ouvert enfermé

Lise Charles Demoiselle Coeur Ouvert POL

Un roman épistolaire, mais qu’est-ce que c’est ? Des confidences ? Des secrets ? Des ambitions cachées ? Probablement plus. La Demoiselle à coeur ouvert met en relief un texte polymorphe, inspiré par le statut singulier que connut l’autrice, partagé par beaucoup mais par très peu d’entre nous : pensionnaire de la Villa Médicis. Un lieu où la création est Reine, qui fait pivot dans ce livre. On regarde Octave Milton s’écharper à rédiger la biographie d’un homme sans intérêt, rencontrer Marianne et sa fille Louise, échanger avec son éditrice, se promener avec un pensionnaire restaurateur de tableaux, et finalement, incarner l’inspiration telle qu’elle est : un peu plus creuse chaque jour, si on n’y prête pas attention.

Si la construction du livre se joue des formes textuelles, si l’on retrouve des mails ou des articles universitaire, il va sans dire que le désir des personnages coule au milieu. On y voit apparaître des vivants et puis des morts, des moments de vie comme des innocences mortifères. Le vrai, le faux, les jeux de miroirs narratifs, La Demoiselle à coeur ouvert est pourtant une invitation à créer, à faire littérature, et à garder pour soi les choses qui devraient l’être. Aussi, Lise Charles a compris que la manipulation et l’enfance forment un mélange fêlé, et c’est à se demander si, vraiment, Sartre n’avait pas raison : l’enfer, c’est les autres.

La Demoiselle à coeur ouvert, Lise Charles, P.O.L, août 2020, 352 pages